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  • samedi, 01 octobre 2022

Sahara occidental : quatre questions pour comprendre la crise entre l'Algérie et le Maroc

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Depuis le 1er novembre et la mort de trois camionneurs algériens au Sahara occidental, territoire disputé, les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées.

Le Sahara occidental "n'est pas à négocier". Les propos du roi du Maroc, Mohammed VI, samedi 6 novembre, à propos de ce territoire disputé depuis des décennies entre son pays et les séparatistes sahraouis soutenus par l'Algérie, sont sans équivoque. Depuis l'été, les tensions entre le Maroc et l'Algérie se sont exacerbées, atteignant un pic le 1er novembre, avec la mort de trois camionneurs, pris dans un bombardement, au Sahara occidental. Franceinfo fait le point en quatre questions sur ce conflit qui s'enlise depuis des décennies entre l'Algérie et le Maroc.

1-Que s'est-il passé ?

Si depuis un an les relations entre l'Algérie et le Maroc se sont progressivement détériorées, les tensions se sont accrues après le 1er novembre, suite à la mort de trois camionneurs algériens pris dans un bombardement sur le territoire du Sahara occidental.

Alger accuse Rabat d'un "lâche assassinat", commis "avec des armes sophistiquées (...) alors qu'ils faisaient la liaison Nouakchott-Ouargla" entre la Mauritanie et l'Algérie, a indiqué la présidence algérienne dans un communiqué publié jeudi. Elle a également dénoncé "l'extrême gravité de l'acte de terrorisme d'Etat en cause, qu'aucune circonstance ne peut justifier" et assuré que "l'assassinat de ces trois Algériens ne restera pas impuni".

Officiellement, Rabat n'a toujours pas répondu directement à ces attaques, notait vendredi TV5 Monde. Mais officieusement, "si l'Algérie veut la guerre, le Maroc ne la veut pas. Le Maroc ne sera jamais entraîné dans une spirale de violence et de déstabilisation régionale", a réagi auprès de l'AFP une "source marocaine informée". « Si l'Algérie souhaite entraîner la région dans la guerre, avec provocations et menaces, le Maroc ne suivra pas », a insisté la même source, qui a requis l'anonymat.

2-Quelles sont les origines de cette crise ?

Elle a débuté le 13 novembre 2020. Depuis 1991, un cessez-le-feu est conclu entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l'Algérie qui revendique l'indépendance de ce territoire, après seize ans de conflit. Mais cette trêve, généralement respectée depuis une trentaine d'années, a été rompue. L'armée marocaine a mené une opération dans la zone tampon du poste frontière de Guerguerat (extrême sud) pour rétablir le trafic routier vers la Mauritanie, coupée par les séparatistes sahraouis. En réaction, le Front Polisario a déclaré l'état de guerre.

Un mois plus tard, la tension monte d'un cran, lorsque le Maroc obtient du président américain Donald Trump la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental (reconnaissance qui a été confirmée durant l'été par Joe Biden, rappelle RFI). En retour, le Maroc a normalisé ses relations avec Israël. Des réconciliations mal vues par l'Algérie, qui a rompu les relations diplomatiques avec le Maroc le 24 août, l'accusant de soutenir le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), qu'Alger considère comme une organisation terroriste.

Enfin, le 31 octobre, le président algérien a décidé de couper le gaz au Maroc. Or, le gaz algérien couvre 97% des besoins marocains, note l'AFP. Depuis 1996, l'Algérie a expédié vers l'Espagne et le Portugal environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via le gazoduc Gaz Maghreb Europe (GME), qui passe par le Maroc. En contrepartie de ce transit, Rabat recevait annuellement près d'un milliard de mètres cubes de gaz naturel.

3-Pourquoi le Sahara occidental est-il convoité ?

Situé sur la côte atlantique et bordé par le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie, le Sahara occidental est une zone quasi désertique très étendue (plus de 250 000 kilomètres carrés) mais attire les convoitises : il est riche en phosphates et sa côte atlantique. est plein de poissons.

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est le seul territoire du continent africain dont le statut postcolonial reste en suspens. Le pays est considéré comme un « territoire non autonome » par l'ONU, en l'absence d'un règlement définitif. Le Maroc en contrôle 80% et offre une large autonomie sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario appelle à un référendum d'autodétermination.

Au-delà des frontières marocaine et algérienne, la situation au Sahara occidental est également surveillée de près par les Occidentaux. Leurs intérêts « sont très importants dans la région, notamment dans la lutte contre le terrorisme, rappelle Kader Abderrahim, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de l'Algérie et du Maroc, interrogé par TV5 Monde. Un conflit ouvert entre ces deux voisins affaiblirait les positions de Occidentaux, Européens et Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme".

4- Un conflit ouvert pourrait-il éclater entre les deux pays ?

Pour l'instant, "une confrontation directe semble a priori exclue", estime l'expert en sécurité Akram Kharief, fondateur du site Menadefense, interrogé par Le Monde. "L'Algérie cherchera à répondre au Maroc de manière indirecte et réaliste plutôt que de s'engager dans une guerre frontale", ajoute dans le même quotidien Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut des relations internationales de Clingendael, aux Pays-Bas.

Côté marocain, Mohammed VI a tenté de calmer le jeu dans son discours de samedi. "Si nous entamons des négociations, c'est principalement pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit régional artificiel", a déclaré le monarque.

Du côté de la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé les différentes parties à reprendre les négociations "sans conditions préalables et de bonne foi". Ces négociations doivent reprendre sous l'égide du nouvel envoyé de l'ONU, l'Italo-suédois Staffan de Mistura, "en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable" en vue d'un "autogouvernement". -détermination du peuple du Sahara occidental », a déclaré l'ONU le 29 octobre dans une résolution qui a prolongé d'un an la mission de l'ONU (Minurso) pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental.

Mais Kader Abderrahim, spécialiste de l'Algérie et du Maroc interrogé par TV5 Monde, n'est pas si optimiste : « J'ai toujours pensé qu'il n'y aurait pas de conflit ouvert entre le Maroc et l'Algérie. Je suis plus mesuré aujourd'hui », analyse-t-il. Selon lui, "tous les indicateurs sont rouges. Nous ne sommes pas à l'abri d'un dérapage qui pourrait enflammer la région".

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